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Association
L’Institut des Hautes Etudes sur la Justice (IHEJ)

MAJ : octobre 2006




L’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ) est une association régie par la loi de 1901, subventionnée par le ministère de la Justice. Il a été créé en 1990. Son siège est à Paris dans les locaux de l’École nationale de la magistrature. Il a une présidence tournante, occupée tour à tour, tous les deux ans, par un des Premiers présidents des quatre grandes cours françaises ; le président actuel en est M. Philippe Seguin, Premier président de la cour des Comptes. M. Antoine Garapon en est le secrétaire général. L’institut des hautes études sur la justice a pour mission : De promouvoir une réflexion de qualité sur les évolutions du droit et de la justice dans les démocraties contemporaines, de nature à permettre aux professionnels de la justice de mieux saisir le sens de leurs missions respectives. De valoriser de manière originale et renouvelée la recherche sur la justice. De s’ouvrir à la dimension européenne et internationale, en faisant la part de notre culture juridique nationale. De créer un lieu d’échanges, qui contribue à améliorer l’image de toutes les formes de justice auprès des décideurs politiques, économique et sociaux.

Pour répondre à ces objectifs, l’IHEJ développe et anime un réseau de partenaires réunissant des praticiens, des universitaires et des chercheurs, sur le plan national, européen et international.

Entretien avec Antoine Garapon

Qu’est ce que l’IHEJ ?

Par Antoine Garapon, secrétaire général de l’IHEJ Propos recueillis par la rédaction de la Mission de recherche Droit et Justice

Une anti-cathédrale L’IHEJ a été créé par Michel Rocard, alors premier ministre, en 1990. Il voulait faire quelque chose pour l’année de la justice, à un moment où les juges se sentaient déprimés, mal aimés par leurs concitoyens. Dans son esprit, il ne fallait pas faire une institution supplémentaire. Il disait alors : « En France, on sait construire une cathédrale, mais on ne sait pas les détruire ». Il a donc mis en place une structure légère, de forme associative, qui consomme un budget assez faible - et doit d’ailleurs toujours rechercher des financements complémentaires.

Multiculturalisme juridictionnel L’IHEJ a cette particularité d’être administré alternativement par les présidents des cours suprêmes françaises, à savoir les présidents du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel, le premier président de la cour des Comptes et le premier président de la cour de Cassation, qui le met d’emblée dans une dimension interculturelle, chacune de ces juridictions ayant une culture propre : administrative, politique, financière ou judiciaire. Quand on observe ce qu’a fait l’IHEJ depuis sa création, on voit qu’il s’est intéressé à tous les chantiers en gestation, si nouveaux qu’ils n’étaient pas encore couverts par des disciplines juridiques ou sociologiques bien définies. Je veux parler, par exemple, de l’éthique du juge, du rapport à l’image, à la télévision et aux médias en général, de l’économie de la justice et de la question de sa qualité, des rapports entre le pouvoir politique et la justice, de la comparaison avec d’autres cultures juridiques, et, plus récemment, de la question de la globalisation judiciaire ou du terrorisme.

La nécessité du travail en réseau Tous ces chantiers, ouverts par l’IHEJ, se poursuivent de manière tout à fait informelle. L’IHEJ reste tributaire d’une sorte de modestie fondatrice : l’institut s’est toujours refusé d’avoir une revue à lui, de construire une institution intellectuelle au sens propre ; il se conçoit plutôt comme un animateur de réseaux, une sorte d’agence de courtage entre une offre de biens intellectuels, d’un côté, et la demande professionnelle, de l’autre. Ce lieu improbable, incertain, entre la pratique et la réflexion, est un lieu d’observation extraordinaire. Il condamne à une insécurité perpétuelle, certes, mais qui est stimulante.

Fin de l’intellectuel prophétique Ce qui caractérise notre époque, c’est une accélération si forte des changements que les pratiques sont toujours en avance sur leur conceptualisation. Ce qui distingue le XXIe siècle de celui des intellectuels prophétiques de la deuxième partie du XXe siècle, c’est la remise en cause perpétuelle des résultats. Alors que ceux-ci pouvaient sculpter l’avenir par leurs idéologies, c’est-à-dire le devancer, le préfigurer et le précipiter en même temps, aujourd’hui, l’intellectuel a souvent un concept de retard par rapport à ce qui se vit.

Décentrements Le lieu intellectuel qu’est l’IHEJ oblige chacun à se déstabiliser, à se décentrer, pour suivre le mouvement. Décentrement du praticien, d’abord, qui doit accepter de se confronter à des concepts, et donc à une tradition de pensée qu’il ne connaît pas forcément ; c’est le chemin le plus facile, il nous est le plus commun. Décentrement plus difficile, ensuite, de l’intellectuel, qui doit accepter de moins savoir et de reconnaître que ses concepts peuvent vite tomber à côté, ne plus toucher le réel. C’est à ce double décentrement qu’invite l’IHEJ, et je crois qu’il a été incarné par la rencontre fondatrice à tous points de vue avec Paul Ricœur. Celui-ci a prononcé la leçon inaugurale de l’IHEJ par un texte devenu très connu par la suite, intitulé Le Juste, entre le légal et le bon. Tout se joue dans la conjonction de coordination « entre ». Le juste se recherche entre le réel et le conceptuel. Paul Ricœur a pleinement accepté ce décentrement, ce qui était d’autant plus admirable qu’il est intervenu à l’IHEJ alors qu’il était au sommet de sa gloire intellectuelle. Il accepté cette confrontation avec des juges, des praticiens du droit, et les a invités à des conférences exigeantes, au cours desquelles il ne concédait rien à l’expression philosophique.

Penser un monde liquide C’est cette ambition de créer un lieu souple, non institutionnel, en dehors des grandes entreprises du savoir que sont l’université, le CNRS, les revues académiques, que cherche à se maintenir l’IHEJ. Le contexte de mondialisation, qui est une déstabilisation générale par le fait de la communication des cultures, réclame une telle structure. La tache de l’IHEJ est de se poser comme interprète culturel, comme lieu où l’on peut se rencontrer et tenter de théoriser les tendances volatiles de notre modernité : fluidité de l’image, liquidité des flux judiciaires internationaux (droit circulant dans les interstices des frontières rigides du droit international et des disciplines juridiques), ubiquité du terrorisme qui déstabilise violemment l’ensemble des oppositions sur lesquelles est bâtie la théorie classique du droit (droit commun/crimes politiques, guerre/paix, ici/ailleurs, ami/ennemi, responsabilité). Immobiliser temporairement ces évolutions insaisissables dans des mots, forger ces concepts provisoires pour agir demain : tel me semble aujourd’hui le défi que lance la modernité aux juristes. C’est à cette aventure collective que l’IHEJ veut apporter sa modeste contribution.

Encart « LE BIEN COMMUN »

Collection « le Bien commun » aux Éditions Michalon, dirigée par Antoine Garapon et Laurence Engel.

Plus personne ne peut ignorer le droit. D’où la tâche essentielle d’assurer la pédagogie des acteurs de la vie démocratique - élus, magistrats, travailleurs sociaux, étudiants, enseignants - directement confrontés aux évolutions parfois déroutantes de notre monde. Les auteurs classiques ou contemporains, dont les œuvres ouvrent des perspectives parfois inédites sur le droit, peuvent-ils enrichir la morale de nos démocraties ? Peut-on expliquer la pensée d’un auteur en quelques pages sans la dénaturer ? Ce sont les défis que cette collection a voulu relever en présentant ces ouvrages. En ces temps troublés où la démocratie est traversée par le doute, la philosophie ne doit pas être réservée à quelques-uns ; elle est également recherche commune de la sagesse, c’est-à-dire notre bien commun.

Derniers titres parus :

Maât - L’Ordre juste du monde, par Bernadette Menu Gide - L’Assignation à être, par Sandra Travers de Faultrier Montaigne - Le Magistrat sans juridiction, par François Roussel Judith Shklar - Le Libéralisme des opprimés, par Paul Magnette

ACTIVITÉS

L’IHEJ a dernièrement lancé trois réseaux internationaux sur des sujets nouveaux :

« Terrorisme et démocratie », avec la Cardozo Law School de la Yeshiva University, (États-Unis), qui réunit des juges, des juristes et des philosophes du monde entier.

« Justice et images », avec l’Università di Bologna (Bologne, Italie), l’université Paris-VIII (France), l’University of Strath Clyde (Écosse) et l’University of Westminster (Angleterre).

« Décisions judiciaires globales », avec le Centre Perleman de philosophie du droit de l’Université libre de Bruxelles, le Dipartimento di Organizzazione e Sistema Politico de l’Università di Bologna (Italie), l’UMR de droit comparé de l’université de Paris 1 (France), La Faculteit der Rechtsgeleerdheid de l’Erasmus Universiteit (Pays-Bas), le Hague Institut for the Internationalization ofLlaw (Pays-Bas).

L’IHEJ est également partie prenante dans le développement et l’animation d’un nouvel outil multimédia, Justiceblog, un lieu d’information et de débats sur la justice, accessible sur www.justiceblog.org.

En savoir plus


Site internet : IHEJ