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La Mission Recherche (MiRe) de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques)

MAJ : octobre 2005




La Mission Recherche (MiRe) de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) est l’une des plus anciennes structures visant à mettre en œuvre une politique de recherches incitatives au sein d’un ensemble ministériel [1] , en l’occurrence celui de la santé et des affaires sociales.

Initialement Mission Recherche Expérimentation, elle a été créée en 1982 dans un contexte général de promotion de la place des sciences humaines et sociales dans le paysage de la recherche française1, et où des moyens sont alors attribués à la recherche incitative [2]. La personnalité du sociologue Lucien Brams qui l’a dirigée pendant une dizaine d’années lui a permis d’acquérir à la fois une légitimité politico-administrative - dans un milieu qui à l’époque n’était guère familiarisé à la recherche en sciences sociales - et une reconnaissance scientifique.

Par-delà les soubresauts politiques et administratifs, elle affiche aujourd’hui 23 ans d’existence. Trois chefs de mission se sont succédé : Marianne Berthod-Wurmser a pris la suite de Lucien Brams jusqu’en 1999, puis Pierre Strobel. Dans les années 1990, la MiRe a changé de statut et modifié son champ d’intervention lorsque la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) a vu le jour et pris en charge avec la Mission animation de la recherche (MAR) le domaine du travail et de l’emploi. Enfin, en 1998, elle a intégré la Drees à sa création en devenant la Mission Recherche. Une quinzaine de personnes, dont dix chargés de mission, assure aujourd’hui son fonctionnement.

Une mission d’incitation et d’animation de la recherche

La MiRe contribue à l’élaboration de la politique de la recherche dans le champ des sciences humaines et sociales, pour le domaine de la santé, de la solidarité et de la protection sociale. L’existence, depuis 1992, d’un conseil scientifique présidé par le sociologue Robert Castel, puis par un autre sociologue, Jacques Commaille [3], garantit l’autonomie des travaux menés, promeut la MiRe dans les milieux de la recherche et permet la définition d’axes de recherche qui tiennent compte des dynamiques et enjeux scientifiques des disciplines des SHS. Bien que la MiRe soit en interaction permanente avec les autres composantes de la Drees chargées des statistiques et études, sa mission se différencie nettement de celle d’un service d’études ministériel. Les travaux financés ne peuvent être présentés que par des laboratoires labellisés qui relèvent du monde universitaire et/ou des EPST. Les critères d’évaluation valorisent les projets qui se caractérisent par l’originalité de leur démarche méthodologique, l’existence d’un terrain d’analyse, leur support conceptuel et leur capacité de théorisation. En outre, l’évaluation est principalement assurée par les pairs. Les comités de sélection, qui sont totalement souverains, sont constitués pour l’essentiel de personnalités issues du milieu scientifique ; l’administration et les représentants de la MiRe n’interviennent pas dans les choix.

Les programmes que la MiRe lance chaque année se veulent résolument pluridisciplinaires et concernent l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales. La pluridisciplinarité est également présente par la diversité des formations de ses chargés de mission [4] L’interdisciplinarité se veut enrichissement : les thématiques des programmes interrogent généralement plusieurs disciplines afin d’éclairer les différentes facettes d’un sujet et révéler ainsi sa complexité ; les réunions de suivi des programmes assurent la confrontation et le dialogue entre disciplines. Ce choix n’exclut pas pour autant les projets « disciplinaires », notamment lorsqu’il s’agit d’amener une discipline sur un thème qu’elle a peu investi jusqu’alors. Par exemple, un appel à projet de recherche a été lancé en juin 2005 sur « la production et le traitement des discriminations » dans lequel un volet à l’intention des économistes a été introduit.

Par ses fonctions d’animation, la MiRe assure la valorisation des travaux qu’elle a financés. Celle-ci est à la fois un engagement vis-à-vis des chercheurs qui ont remis un travail de qualité concourant à leur propre évaluation par le milieu mais également, et surtout, une manière d’assurer la visibilité de son action. La MiRe reçoit environ 30 rapports de recherche par an. Ceux-ci donnent généralement lieu à des valorisations sous forme d’articles publiés ou de communications dans des colloques, ce qui correspond aux dispositifs traditionnels d’évaluation du milieu de la recherche. Dernièrement, le colloque sur « les circulations migratoires » (juin 2004) et celui sur « les dynamiques professionnelles dans le champ de la santé » (mai 2005) en furent deux bonnes illustrations. Chacun d’eux a d’ailleurs vu parallèlement la publication d’un numéro de la Revue française des affaires sociales (RFAS) [5] consacré à cette question. Une originalité de la MiRe réside, en outre, dans le soutien financier apporté à des travaux ou projets qui intègrent son champ de compétences : aide à la publication d’ouvrages, soutien à des revues, organisation de colloques, séminaires, aide à la traduction en anglais de travaux français, ou encore d’ouvrages scientifiques étrangers en français. Pour la seule année 2004, la MiRe a ainsi financé 9 colloques, un réseau de doctorants, une nouvelle revue, « Histoire et sociétés », et 2 ouvrages.

Un rôle d’interface entre le milieu administratif et le milieu de la recherche

Par position institutionnelle et ses liens avec le milieu de la recherche, la MiRe assure une double fonction d’interface : du côté des directions administratives, et plus largement de l’ensemble des partenaires du domaine social et sanitaire (associations, partenaires sociaux…), elle les alimente de recherches qui sont susceptibles d’éclairer leur réflexion et leurs décisions ; du côté des milieux de recherche, elle les encourage à se saisir de questions qui intéressent l’administration et pour lesquelles celle-ci sollicite une expertise scientifique. La MiRe a ainsi une fonction de lieu ressources permettant de faire participer un certain nombre de chercheurs à des groupes de travail institutionnels. Son rôle est notamment de faciliter les clés de lecture de ces travaux de recherche parfois ardus et d’en assurer une réception large et de qualité. Les publications de la MiRe (la Lettre de la MiRe qui fait office de bulletin d’informations, la RFAS qui a une vocation transversale pour tout le ministère, ou encore les documents de travail) participent de leur connaissance/reconnaissance.

Il nous paraît important de souligner que les chercheurs ne sont pas prisonniers de leur financement au détriment de la qualité scientifique de leurs travaux. Néanmoins, la question de l’évaluation se pose. Le risque n’est jamais totalement écarté d’une forme de clientélisme. Les équipes qui connaissent les rouages des appels d’offres et qui ont acquis un véritable « savoir-faire » dans l’écriture des projets n’assurent pas toujours pour autant un travail de qualité en bout de parcours. Il arrive que les rapports rendus pèchent par leurs « facilités scientifiques » : peu de développement méthodologique et d’avancées théoriques stimulantes. D’où l’importance de se doter de critères d’évaluation qui assurent de la rigueur scientifique des travaux menés.

Par ailleurs, la MiRe établit, bien entendu, des rapports avec les administrations et institutions de la recherche. L’enjeu est la visibilité de notre ministère en matière de recherche et sa capacité à peser auprès du ministère de la Recherche et des EPST sur leurs orientations, par exemple en matière de santé. Des programmes de la MiRe ont été lancés en association avec le CNRS et l’Inserm : « processus de décisions et changements des systèmes de santé » (1998) ou « Sciences biomédicales santé-société » (2001-2005). Sollicitée pour la définition des orientations de l’Agence nationale de la recherche (ANR) à partir de 2006, la Drees-MiRe a proposé de développer deux thématiques : celle du vieillissement, celle du handicap – qui mérite un effort spécifique de structuration du milieu de la recherche ; et, plus largement de développer un programme de recherche en santé publique.

Des thèmes moteurs contribuant à forger une identité « MiRe »

Le domaine de compétences de la MiRe est large, comprenant le sanitaire et le social. Certains thèmes fournissent une sorte d’identité de la MiRe : ceux des inégalités et des solidarités, des risques et des responsabilités individuelles et collectives. Ainsi, la question des inégalités a-t-elle été, dans les dernières années, abordée à plusieurs reprises sous divers angles : par des séminaires successifs sur la définition/conceptualisation des inégalités, leur mesure, et le rôle de la protection sociale dans leur réduction ; par des travaux statistiques et des recherches conduits à partir de la grande enquête « handicaps, incapacités, dépendance » (HID) de l’Insee, qui ont révélé l’ampleur des inégalités sociales et de genre dans ce domaine ; par un programme – toujours en cours – sur la construction des inégalités et un autre, lancé récemment en partenariat dans le cadre de l’Institut virtuel de recherche en santé publique, sur les inégalités sociales de santé. En outre, l’intégration dans une direction des études et statistiques a amené la MiRe à encourager l’utilisation par la recherche de données statistiques, épidémiologiques, juridiques et administratives. Les exploitations statistiques et qualitatives sont encore bien trop souvent conduites séparément alors que leur complémentarité est indéniable. Sans compter que les enquêtes de la Drees sont encore trop peu connues des milieux de recherche. Plusieurs programmes ont ainsi été accolés à une enquête Insee ou Drees : enquête HID ; enquête Drees sur les modes de garde des jeunes enfants, enquête sur les dimensions de l’identité (« histoire de vie »), projet de programme sur l’exploitation de l’enquête décennale santé de l’Insee.

Une contribution à la structuration de la recherche

La MiRe participe aux efforts de structuration de la recherche autour de thématiques qui lui semblent mériter une approche pluridisciplinaire et qui sont encore peu prises en compte par les chercheurs alors que la demande sociale existe. Récemment la MiRe a accompli un travail considérable autour de la recherche en santé publique [6] dont l’objectif vise à organiser un dialogue entre les sciences humaines et sociales les autres approches. La création de Groupements d’intérêt scientifique (GIS) participe de ce décloisonnement et de la coordination de la recherche dans ce domaine : le GIS risques collectifs et situations de crise ; le GIS épidémiologie psychiatrique qui vient de se créer ou encore un GIS handicap en projet. Pour illustrer ces efforts de structuration, nous prendrons l’exemple de la santé mentale [7] : la MiRe a mis en place des moyens incitatifs pour développer un milieu de recherche encore faible et peu structuré à la fin des années quatre-vingt-dix et marqué par des controverses récurrentes : lancement conjoint d’appels d’offres en 2002 et 2003 avec le CNRS et l’Inserm, contrats de définition pour les cliniciens et acteurs de la santé mentale afin de construire des projets de recherche avec des équipes de recherche labellisées. En quelques années, l’action de la MiRe, conjuguée à celle des autres partenaires, a permis un réel développement du milieu, même s’il demeure insuffisant : des pôles de recherche en santé mentale avec une problématique SHS se renforcent (Cesames, une équipe du Cermes) ; les sciences politiques et l’économie commencent à investir ce champ et enfin des pôles de recherche épidémiologique et clinique en santé mentale sont désormais en mesure de construire des projets intégrant les apports des disciplines des SHS.

Les grands bouleversements en cours de la recherche (réformes actuelles de la politique nationale, montée de l’Europe et internationalisation croissante des communautés scientifiques, départs en retraite massifs dans les 10 années à venir) touchent les SHS comme les autres disciplines. La recherche incitative classique (une succession d’appels à projets sur des thèmes variant sans cesse) a sans doute atteinte ses limites, lorsqu’elle ne s’intéresse pas au renouvellement à moyen terme des potentiels et des milieux de recherche, lorsqu’elle ne tient pas compte de l’internationalisation des questions posées à la recherche, lorsqu’elle ne contribue pas à construire, avec les chercheurs, leurs outils et équipements pour demain (bases de données, grandes enquêtes ou cohortes…). Les administrations sociales et sanitaires, naturellement soucieuses de résultats à court terme, sauront-elles faire aussi le pari d’un investissement de plus long terme autour de quelques grandes thématiques, discutées et élaborées tant avec les chercheurs qu’avec des acteur majeurs dans ce domaine : les professionnels de la santé et du social, les grandes institutions du domaine, les associations et les partenaires sociaux ? C’est le pari de la MiRe aujourd’hui.

Pierre Strobel Responsable de la MiRe

Sandrine Dauphin Adjointe au responsable de la MiRe

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Site internet : MiRe