Les pratiques innovantes de formation des professionnels du droit : vers un modèle « global » ?

Un modèle global d’enseignement du droit est en train de naître : à Bordeaux, Paris, mais aussi Oxford, Luxembourg, Tokyo, les cours magistraux des professeurs de droit sont désormais complétés par des enseignements dits innovants à visée plus professionnelle nés en pays de common law : – les simulations de l’Ecole Nationale de la Magistrature et les foisonnements des Ecoles des Avocats animés par des magistrats ou des avocats des écoles professionnelles françaises ; – les moot cours des grandes universités du monde telle l’Université d’Oxford qui simulent des procès ; – les cliniques du droit qui mettent en présence les élèves avec de véritables justiciables ; -l’enseignement transsystémique qui met l’élève en contact avec la pluralité de droits et de systèmes juridiques applicables dans un monde désormais globalisé ; – l’enseignement on line qui permet d’organiser toutes sortes de pratiques d’enseignement collaboratives à l’image de ce qu’est devenu le métier de juriste désormais. Ce nouveau modèle d’enseignement du droit est décrit pour la première fois, d’abord dans sa dimension académique avec ses constantes que sont les simulations et l’enseignement on line, mais aussi dans ses variantes que sont les cliniques du droit et l’enseignement transsystémique. Apparaît alors la grande liberté avec laquelle des enseignants expérimentent, transplantent et adaptent aux cultures juridiques nationales ces pratiques nouvelles qui ne sont que des compléments aux enseignements traditionnels. Ensuite, est analysée la dimension pédagogique de ce modèle global. Sa grande force est d’organiser de multiples interactions cognitives, interpersonnelles et sociales à l’image de la vie professionnelle, et sa faiblesse réside parfois dans la détermination pourtant essentielle des compétences professionnelles à transmettre, les « savoir-faire » et « savoir-être ». Il est alors possible de comprendre comment on « apprend à penser comme un juriste – learning to think like a lawyer ». Ces pratiques innovantes sont des simulations des situations professionnelles de juristes telles l’audience d’un procès, la consultation par un client, la négociation d’un contrat, etc. Ces pratiques ont en commun de placer l’élève au cœur de l’enseignement en lui donnant les moyens d’être l’acteur d’une situation d’enseignement en « interactions » avec d’autres acteurs en une véritable répétition de la vie professionnelle. La métaphore du théâtre s’impose. Si comme le pensait le sociologue Erving Goffman la « société est un théâtre » où, pour reprendre l’expression de William Shakespeare, « chacun doit jouer son rôle », quoi de plus naturel pour préparer un élève juriste à y jouer un rôle professionnel que de s’inspirer de la façon dont au théâtre est préparé l’acteur pour jouer c’est-à-dire « incarner » un rôle ? Le rapport se termine par cinq propositions concrètes de réforme de l’enseignement du droit. Cette recherche dirigée par Gilles Lhuilier a été financée par la Mission Droit & justice du Ministère de la Justice et réalisée par un consortium rassemblant des chercheurs de la FMSH, l’ESSEC, le CNAM, l’ENS-Rennes, l’Université du Luxembourg, l’Université de Londres, l’école de droit de Rio de Janeiro, l’Université de Nagoya, etc. Mots-clés: Avocats ; cliniques du droit ; enseignement du droit ; common law ;  formation ; magistrat ; mooc ; moot ; professions du droit.